4 libertés

Liberté

Il y a deux catégories de logiciels : ceux qui sont libres et ceux qui ne le sont pas.
Les uns comme les autres peuvent être payants ou gratuits, indifféremment. La gratuité n’est en aucun cas un critère de distinction entre logiciels libres et logiciels non libres, même si la majorité des logiciels libres sont gratuits :

  • LibreOffice est libre et gratuit,
  • MSOffice (Word, Excel, etc.) n’est pas libre et pas gratuit
  • Flash est gratuit et pas libre
  • Chrome, le navigateur fait par Google, est gratuit et pas libre
  • Windows n’est pas libre et pas gratuit (ne vous y trompez pas)
  • Red Hat Linux Enterprise est libre et pas gratuit (système GNU/Linux pour les entreprises).

Les logiciels qui ne sont pas libres sont appelés « propriétaires » mais un adjectif plus pertinent est «privateurs» car ces logiciels privent leurs utilisateurs de liberté. Les exemples les plus connus de logiciels privateurs sont les systèmes ou les programmes produits par Microsoft, Apple ou Adobe (Flash, Photoshop, Illustrator, etc.).

Les 4 libertés du Logiciel Libre

Les logiciels libres sont définis par leurs licences dites « libres », la première et la plus célèbre étant la GNU General Public Licence. À travers les licences libres qui ont la même force juridique que les licences propriétaires de Microsoft ou d’Apple, les logiciels libres offrent à tout le monde, particuliers ou entreprises, associations ou gouvernements, 4 libertés :

  • la liberté d’utiliser le logiciel, pour quelque usage que ce soit — liberté 0
  • la liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos propres besoins — liberté 1
  • la liberté de redistribuer des copies à tout le monde — liberté 2
  • la liberté d’améliorer le programme et de publier vos améliorations — liberté 3.

Ces 4 libertés sont numérotées de 0 à 3 parce qu’en informatique, 0 n’a rien d’une nullité ; il est au contraire essentiel dans un système binaire qui marche avec des 0 et des 1.

Libertés individuelles: liberté 0 et liberté 1

La liberté 0 et la liberté 1 nous concernent en tant qu’individus :
La liberté 0 nous donne la liberté d’exécuter et d’utiliser le programme comme nous le voulons, pour quelque usage que ce soit (à la maison, dans une entreprise, dans une école, à l’unversité, etc.).
La liberté 1 nous donne la liberté d’apprendre à programmer en étudiant le code-source et de le modifier comme nous voulons.

Libertés collectives : liberté 2 et liberté 3

La liberté 2 et la liberté 3 vont plus loin :
Elles nous encouragent à l’entre-aide, au partage et à une coopération collective, et partant, à la formation de communautés de programmeurs et d’utilisateurs qui se retrouvent autour d’un logiciel libre en communiquant à travers l’internet et le web ou en organiser des congrès ou des journées. Ces communautés sont le plus souvent internationales.

On peut aussi parler de «communauté du logiciel libre» pour désigner l’ensemble de tous les gens qui utilisent des logiciels libres ou les améliorent, ou contribuent à leur diffusion, à leur reconnaissance et à leur développement, ou font des traductions ou rédigent de la documentation.

Le travail de tous ces gens pouvant être publié et diffusé librement, tout le monde, de n’importe quel pays, peut en profiter : riches ou pauvres, particuliers ou entreprises, associations ou gouvernements.

Voici donc comment Richard Stallman, informaticien américain qui a lancé le mouvement du logiciel libre en 1983, ouvre ses conférences en France et en français :

Je peux expliquer le logiciel libre en 3 mots : liberté, égalité, fraternité. […] Liberté parce que ce sont les logiciels qui respectent la liberté de leurs utilisateurs, égalité parce que dans la communauté du logiciel libre, tous les utilisateurs sont égaux, personne n’a de pouvoir sur personne et fraternité parce que nous encourageons la coopération entre les utilisateurs. — Logiciels libres et Éducation, CRDP de Versailles, juin 2012

Un logiciel libre ne nous oblige nullement à inspecter le code source ou à le modifier : si nous voulons simplement le partager avec des amis, un patron, des employés, des collègues, il nous suffit de faire une copie du logiciel sous sa forme binaire, donc exécutable. C’est à la portée de tout le monde car copier ne nécessite pas de connaissances particulières.

Il n’y a pas de limites au nombre de copies que nous avons la liberté de faire, ni de limite au nombre de gens auquel nous avons la liberté de donner ce logiciel.

En revanche, un logiciel privateur vous interdit, par sa licence privatrice, de partager avec quiconque, ou restreint le droit de copie très fortement. Si vous copiez le logiciel, vous êtes dans l’illégalité et vous avez rompu le contrat (CLUF) que vous avez pourtant accepté volontairement, en le signant et en décidant d’utiliser un logiciel privateur.

Vous vous trouvez aussi dans un dilemme moral qu’a finement relevé Richard Stallman :

  • Vous allez aider les autres mais vous allez rompre un engagement.
  • Vous respectez le contrat mais vous refusez d’aider les autres.

Heureusement, vous pouvez éviter un tel dilemme en rejetant les logiciels privateurs, pour des raisons éthiques et en choisissant les logiciels libres, pour des raisons éthiques.

Contrôle

Sur le clavier de votre ordinateur, il y a la touche [Ctrl] qui sert dans de nombreuses combinaisons de touches pour faire des choses comme copier ou coller un bout de texte : [Ctrl-C] ou [Ctrl-V].

La liberté en informatique est essentielle car il n’y a que deux cas de figure
comme nous l’explique encore Richard Stallman :

  • Soit nous avons le contrôle de notre informatique, c’est-à-dire de nos logiciels,
  • soit les logiciels que nous utilisons ont le contrôle de notre informatique et nous soumettent au bon vouloir des entreprises qui fournissent ces logiciels.

En d’autres termes: Qui contrôle votre ordinateur ? Est-ce vous qui êtes aux manettes de contrôle ou est-ce une ou plusieurs entreprises ?

Le logiciel libre vous laisse tout contrôle sur votre informatique. Le logiciel privateur vous prive de tout contrôle, c’est lui qui décide de ce qui se passe sur l’ordinateur, de ce que vous pouvez faire ou ne pas faire. Vous ne pouvez rien modifier, à part quelques couleurs, ce qui est dérisoire.

M$Windows a des portes dérobées depuis Windows98 inclus : ce sont des accès invisibles et non modifiables par les utilisateurs qui permettent à Micro$oft de faire ce qu’il veut. Il peut supprimer tel logiciel de votre ordinateur sans votre consentement, donner un accès à la NSA, etc.

Il en est de même pour les ordinateurs Apple et tous les iTroucs.

Amazon vend ses liseuses Kindle surlesquels les gens peuvent lire des copies numériques exclusivement vendues par Amazon. Kindle est muni d’un accès pour Amazon qui a pu ainsi supprimer sur tous ces appareils un livre que les gens avaient pourtant acquis dans les règles édictées par l’entreprise : 1984 d’Orwell. Le fait qu’Amazon ait dit que ce fut une malencontreuse erreur ne change rien : vous n’avez aucun contrôle sur votre Kindle, vous subissez les erreurs ou les décisions d’Amazon.

En passant, il est erroné de parler de «livres» dans le cas d’Amazon car un livre vous donne beaucoup de liberté. Vous pouvez le prêter, le transformer en objet d’art, le relier, le revendre, le donner à une bibliothèque, l’annoter, ajouter des dessins dans les marges, arracher des pages, en faire un support, etc. Vous pouvez le garder pour vous dans le secret de votre chambre, le lire et le relire. Les prêts limités et restrictifs octroyés par Amazon, sous condition et avec verrous numériques (DRM), sont une dégradation infâmante du livre et de la lecture et une insulte faite aux lecteurs. Sans parler qu’Amazon, à travers Kindle, enregistre les notes que vous prenez en lisant une de leurs copies.

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